L’îlot Aventure

Ouais. C’est vraiment le nom de ce bout de terre qui me nargue alors que je me laisse bercer par le vent, vautré dans ce hamac enveloppant. Mais j’ai l’impression que c’est plus que ça. J’ai l’impression qu’il m’appelle. Ce nom. Et cette distance qui l’enveloppe un peu plus dans un voile de mystère.

Il ne bougera pas. J’ai le temps de le prendre d’assaut. D’abord, récupérer. Et y aller, sereinement, en pleine possession de mes moyens, une fois que je serai moins décalé.

Les jours passent, et il me nargue toujours, réveillant peu à peu de vieux instincts d’explorateur, enfouis dans le fin fond de mon âme rouillée par une décennie de travail sédentaire.

Et puis un jour, l’énergie est là, à peu près, et ces kayaks nous tendent les bras.

« Oui c’est bon vous prenez celui qui a deux places là et vous allez sur la plage de l’îlot là-bas, pas de problème. »

Si, si, problèmes.

Enfin pas au début. Tu pagayes, je pagaye, le point de départ s’éloigne, la ligne d’arrivée se rapproche, le truc classique.

Mais à un moment y’a quelque chose qui foire. Je sais pas si le pire c’est le kayak qui prend l’eau ou bien le récif corallien qui me lacère les pieds parce que naturellement je suis parti à la conquête de l’Aventure en claquettes. Claquettes qui seront sauvées de la noyade un nombre incalculable de fois, pour une raison qui m’échappe encore puisque bordel de m**** elles valent rien ces claquettes.

Bref. Claquettes : check. Bouteille d’eau : check. Crème solaire : check. Pagaies : check. Pieds : euh ouais ça ira.

La méthode inuit pour remettre à l’endroit un kayak submersible pendant qu’une armée de coraux s’amuse à jouer aux fléchettes avec ta plante de pied c’est quoi déjà ? Ah ok c’est bon, je l’ai. Je suis dedans. Bon y’a 20L d’eau qui semble tenir à rester à l’intérieur de l’embarcation, je sais pas, peut être parce que ces 20L ne veulent pas se noyer. Mais passons, ce truc flotte à peu près.

Maintenant il faut qu’elle remonte, dans une embarcation aussi stable que JCVD. Une fois. On chavire. On en rit. Deux fois. C’est moins drôle. Trois fois. Ouais. Quatre. Ahah. Cinq. Bon. Le rivage est à quoi, 800m ? Je rame, fais la planche et accroche toi.

Et puis, les méduses. Et elle qui bondit hors de l’eau comme dans un cartoon, la panique accrochée au visage.

Perpendiculaire au kayak, forcément ça avance moins bien. Et le courant. Bon. Respirer et pagayer.

Jusqu’à ce qu’un navire au large ait la bonne idée de nous envoyer une vague dans les côtes. Méthode inuit. Mais ce bateau a une âme d’ancre, il est irrésistiblement attiré par les fonds marins. Écoper. Avec les claquettes.

La fatigue. Si on remonte on va vraiment le faire couler. Il ne reste plus qu’à nager en tractant cet énorme bout de plastique pas vraiment flottant. Et se féliciter d’avoir eu la bonne idée de se remettre à la natation il y a quelques années.

L’aventure c’est peut être ça. On tend vers elle mais on ne l’atteint jamais vraiment.

 

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3 réflexions sur “ L’îlot Aventure ”

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